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Héritages et Continuités
La catégorie 6 « Héritages et continuités » explore les éléments du monde amérindien qui ont survécu jusqu’à aujourd’hui. Les 3000 kalinagos de la Dominique font partie de cet héritage vivant, une survivance unique aux Antilles. Les près de 200 000 garifunas de l’Amérique centrale représentent eux aussi une survivance, et même un dynamisme du peuple Kalinago. En Guyane française et au Suriname, des sociétés amérindiennes (Kalinago : Wayana, Kali’na,Apalai ; Tupi Guarani : Teko, Wayampi ; Arawak : Pahikweneh, Lokono) ou afro-amérindiennes (Bushinenge : Saamaka, Djuka, Boni, Pamaka, Kwinti, Matawai) vivent notamment sur le fleuve Maroni, ces Bushinenge comptant aujourd’hui près de 100 000 membres en Guyane Française, et même plus encore au Suriname.
Les amérindiens ont également vu leur patrimoine génétique représenté dans la population générale des lieux qu’ils ont habités.Ainsi de nombreux patronymes Martiniquais sont ils d’origine, même lointaine, autochtone. De même, les mots amérindien servent toujours à désigner leurs objets quotidiens, comme le hamac, le canot, la cassave, le ouicou (demi calebasse pouvant servir d’écuelle). Quel héritage politique des amérindiens peut on trouver aujourd’hui ? C’est en somme la « question pour un million », et qui peut même inconsciemment trotter dans la tête de nos lecteurs. Si leur manifestation physique reste lointaine en Martinique, leur poids culturel est néanmoins important. Il ne faut pas plus pour s’en rendre compte que de voir l’importance de la superstition populaire, notamment au sujet des artefacts amérindiens.
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Anette Sanford, cheffe actuelle du territoire kalinago de la Dominique (source wikipedia, capture d'écran de vidéo youtube créée par Caribean Freedom Fighters, licence attribution 3.0, https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/deed.en https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Anette_Sanford_greeting_(cropped).jpg )
Un héritage politique

Cacicazgos de l'île d'Hispaniola au temps de Cristophe Colomb (source wikipedia, libre de droit, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Copia_de_Cacicazgos_de_la_Hispaniola.png )
Le cas de la gouvernance coloniale est fascinant car il met en lumière la continuité fondamentale des instituions amérindiennes, notamment Taino, par leur intégration au sein de l’ensemble impérial. Les Caciques furent longtemps gardés comme faire-valoir par les espagnols, et leurs structures administratives, les cacicazgos furent également maintenues, même sous coupe espagnole, devenant des provinces. De même verra-t-on l’Empire Aztèque ou Inca tomber sous le contrôle des conquistadores, par la prise de contrôle des lieux de pouvoirs amérindiens et la capture de leurs chefs. Une élite espagnole créole (blanc d’Amérique) deviendra alors un remplacement de la classe aristocratique locale, s’opposant même à la couronne espagnole, ce qui aboutira à la libération de l’Amérique hispanophone du joug impérial par les trois libertadores Simon Bolivar( Venezuela, Colombie, Panama, Equateur, Bolivie), José Maria Morelos (Mexique) et Jose de San Martin (Argentine, Chili, Pérou) dans les années 1820. Dans les pays américains à forte composante autochtone (notamment en Amérique Centrale et dans la cordillère des Andes), des mouvements indigénistes/autochtones ont existé politiquement, et continuent de le faire jusqu’à aujourd’hui, comme le mouvement d’Evo Morales en Bolivie, qui prend ses racines dans les cultivateurs de coca (cocalero) traditionnels andins.
Tentatives de revitalisation
Les pays insulaires des Caraïbes n’ont pour leur part plus de population indigène/autochtone majoritaire d’un point de vue démographique (même les 3 000 kalinagos de Dominique ne représentent que 5 % de la population de l’île). Néanmoins des mouvements politiques se revendiquant néo-tainos existent en République Dominicaine et à Puerto Rico. Ils revendiquent un lignage Taïno direct et la continuité du peuple Taïno jusqu’à aujourd’hui. D’après Gabriel Haslip Viera, ces mouvements font malheureusement le lit de lectures erronées des données historiques et démographiques à notre disposition. En effet, la population Taino a probablement cessée d’exister vers 1600, largement remplacée par une population européenne dont les dominicains et portoricains actuels sont issus. La part d’ADN issu des Tainos actuellement dans ces populations avoisine 10 à 20 %, tandis que la part européenne dépasse les 70 %.
Au delà du manque de véracité scientifique, les ressorts idéologiques de ce mouvement néo-Taino sont également inquiétants, car cette prétendue origine amérindienne justifie chez certains penseurs comme Forte à la fois une distanciation avec la réalité du génocide amérindien dans les Antilles et un rejet de la créolisation (processus de synthèse ethnique et culturelle entre différents peuples menant à une nouvelle identité), vue comme un danger (au même titre que la modernité et les avancées sociales, sensées être des complots pour démanteler les sociétés « Tainos »). Le fait que ce mouvement Néo-Taino ait ses racines dans la diaspora portoricaine aux états unis pourrait expliquer ces tendances réactionnaires. En effet, le nativisme (croyance dans l’appartenance à un groupe anciennement établi sur le territoire, par opposition à des groupes arrivés plus récemment) est particulièrement répandu chez les « WASP » (Blancs Anglo-Saxons Protestants), qui font remonter leur lignage à l’arrivée du bateau Mayflower en 1620. Ces nativistes s’opposent aussi à la reconnaissance du génocide amérindien et aux mélanges ethniques.

"Famille indienne caraïbe" par John Gabriel Stedman en 1796 ( libre de droit, source wikipédia https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Carib_indian_family_by_John_Gabriel_Stedman.jpg )
Une continuité culturelle

Course de yoles à la Martinique en 2014, photographié par Larcher Félix ( source wikipédia, licence share attribution-share alike 4, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Course_de_yoles_%C3%A0_la_Martinique_01.jpg , https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.en )
Une approche plus matérialiste serait d’après moi la revendication d’une continuité culturelle plutôt que génétique, basée sur les éléments les plus probants des cultures amérindienne, soit des éléments linguistiques et techniques. Ainsi certains théoriciens évoquent les origines amérindiennes du créole antillais, avec en appui le fait que le dialecte des hommes kalinago aux alentours de 1600 avait déjà intégré de nombreux mots européens, et qu’il servait de langue franche pour les échanges avec ces mêmes européens. Le jardin caraïbe est également devenu jardin créole, avec sensiblement les mêmes plantes (manioc, piment, giraumon…), qui ont notamment servi de moyen de subsistance aux esclaves africains sous alimentés par leurs maîtres. La fabrication de pirogues monoxyles faites d’un tronc de gommier a également perduré en Martinique jusqu’à la seconde guerre mondiale, jusqu’à l’interdiction de cette pratique par le vichyste Amiral Robert, car elle permettaient aux opposants du régime de s’enfuir de Martinique vers la Dominique anglaise (comme le fit Frantz Fanon pour rejoindre la France Libre).
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